Adapté de la nouvelle de Franz Kafka, l’opéra de chambre In the Penal Colony explore un territoire où la justice déraille et où la douleur devient écriture. Créé en 2000 au Contemporary Theatre de Seattle, cet opéra de Philip Glass plonge le spectateur au cœur d’une colonie pénitentiaire isolée, lieu d’une exécution publique menée par une machine aussi fascinante qu’effroyable.
Invité sur l’île, un voyageur observe un officier fanatique qui perpétue, seul, les rites d’un commandant disparu. Un condamné, silencieux, attend son sort. Ici, tout se joue entre le devoir, la foi aveugle, et le vertige moral de celui qui regarde.
Pour la création mise en scène par Richard Brunel, la scénographie radicale et la direction d’acteurs épurée dialoguent avec l’écriture serrée de Kafka et la pulsation hypnotique de Philip Glass. Musiciens et chanteurs glissent du rôle d’interprètes à celui de figures du jugement, tandis que la machine centrale devient le symbole d’un système qui dévore ses propres certitudes.
Dans cette version, Mathieu Lebot Morin incarne le Condamné, rôle muet et profondément physique, pensé comme une figure d’abandon, de résistance et d’effacement.
Le corps devient texte, surface, mémoire. L’absence de parole laisse place à une écriture chorégraphique tendue, où chaque tension musculaire raconte l’oppression et la survie. Sous le regard du Voyageur et de l’Officier, ce personnage silencieux devient l’axe sensible du dispositif scénique.
L’un des moments les plus marquants de la production survient lors de la séquence finale : une grande machine se met en rotation, déversant une encre sombre qui gagne progressivement tout le plateau. Armé d’un long pic, écho direct à l’aiguille du supplice, le Condamné exécute une danse brutale et circulaire, frappant le sol, contournant la machine, se laissant parfois porter par son mouvement.
À mesure que l’encre envahit la scène, le plateau devient une peau vivante, surface offerte au tracé de la sentence. Le corps de l’interprète se couvre à son tour de cette encre, comme si la machine imprimait sa loi dans la chair même de celui qui la subit.
Cette image finale, à la fois violente, fragile et hypnotique, condense toute l’ambiguïté de l’œuvre : un rituel d’effacement qui devient paradoxalement un acte de présence absolue.
Direction musicale : Philippe Forget
Dramaturgie : Catherine Alioud-Nicolas
Assistante à la mise en scène : Caroline Guiela
Scénographie : Anouk Dell’Aiera
Costumes : Bruno De Lavenere
Lumière : David Debrinay
Son : Benjamin Hacot
Régie générale : Nicolas Henault
Avec :
Stephen Owen
Stephano Ferrari
Gerald Robert Tissot
Mathieu Lebot Morin
Et le quintette à cordes de l’Opéra de Lyon
Production :
Comédie de Valence — Centre dramatique national Drôme Ardèche
Opéra de Lyon
Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Théâtre de Villefranche-sur-Saône
Opéra de Rouen Normandie
Théâtre de Nîmes
Nouveau Théâtre de Besançon
Quand la scène se couvre d’encre, le geste devient trace et silence, jusqu’au dernier souffle.









Metteur en scène et chorégraphe, je crée des espaces où le corps, la voix et le collectif trouvent leur place. Professionnels ou amateurs, chacun contribue à l’élan d’une œuvre.
@ 2025 Mathieu Lebot Morin Tous droits réservés I mentions légales I politique de confidentialité